Jean-Michel Grimal : "Plus de rigueur et une meilleure cohésion d'équipe"

Jean-Michel Grimal : "Plus de rigueur et une meilleure cohésion d'équipe"

Rédigé le 12/06/2019
Propos recueillis par Anne Jonchery

Jean-Michel Grimal, sélectionneur national de l'équipe de France d'endurance depuis près de six mois, a suivi avec attention les couples français au départ des différentes courses internationales de Castelsagrat (6 au 9 juin). Avec deux championnats en ligne de mire -championnats d'Europe séniors à Euston Park (15 au 19 août) et championnats du monde jeunes à San Rossore (17 et 18 septembre)-, l'année est importante pour le clan français. Bilan de cette première partie de saison et perspectives à venir avec le chef d'équipe pour qui la rigueur et la cohésion de groupe feront la différence !

L'Eperon : Lors de votre prise de poste, un des premiers changements que vous avez demandé aux cavaliers a été de faire des « départs rapides ». Ont-ils suivi vos consignes à Castelsagrat ?

Jean-Michel Grimal : Les départs rapides ont déjà été faits lors de deux courses. C’est une mise en situation par rapport aux prochains championnats (championnats d’Europe pour les séniors et du monde pour les jeunes, ndlr). Ce week-end, les consignes étaient d’aller vite sur 10 kilomètres pour les séniors sur la CEI 3* et sur 5 kilomètres pour les jeunes.
Sur la 3*, ils sont effectivement partis vite, mais ensuite cela s’est gâté. La gestion de la course a été compliquée et beaucoup de chevaux se sont retrouvés en difficulté. Pour moi, c’est un problème de niveau des chevaux, qui n’avaient pas la qualité d’un Championnat, mais aussi un manque de préparation. 

Vous avez déclaré vouloir « optimiser l’entrainement, l’assistance et la monte en course auprès des équipes de France». Comment ?

Par rapport aux autres pays, il y a un manque de technique et de qualité dans l’assistance française pour des championnats. Notamment par rapport aux Espagnols qui sont très forts et donnent des directives précises. Il n’y aura maintenant plus de sentiments dans la composition d’une équipe d'assistance. Il faudra des personnes de 25 à 35 ans, capables de courir un 100m en 12 secondes, porter des bidons lourds et qui tiendront le rythme en se couchant tard et en se levant tôt, tout ça pendant une semaine. Il y aura une sélection plus drastique des personnes. La gestion des points vétérinaires sera également revue : chacun aura un poste bien défini. Pendant les tests de sélection, nous ferons des entrainements et de la formation à l’assistance. Sur un championnat, il faut être très rapide car l’aire pour arroser un cheval sur la course est très courte. 

Vous avez également parlé de formation concernant la monte en course. Envisagez-vous des formations techniques avec des enseignants ?

Pendant l’hiver, il y aura des stages d’équitation dispensés par un BEE spécialisé en endurance, qui pratique cette discipline et qui expliquera ce que l’on recherche. Je m’entoure également de deux conseillers techniques. Pour les Séniors, c'est Jean-Philippe Frances qui m'accompagne : son écurie est en forme, il sait décider de ce qui est bien ou pas et il ne se ment pas. Il prend en compte un ensemble de choses comme le cheval à travailler, la nourriture, le terrain sur lequel il entraîne…  Dans cette catégorie d'âge, la tâche sera rude car le réservoir des cavaliers est restreint. Pour les jeunes, catégorie dans laquelle on compte sur un bon vivier, c’est Philippe Tomas qui sera le conseiller.

La composition des longues listes pour les championnats 2019 sera annoncée après Compiègne (15 juin). Comment se passeront ensuite les préparations ? 

Pour les jeunes, nous serons à trois mois de l’échéance. Nous ferons un rassemblement fin juillet et un autre fin août. Il y aura les tests de galop, mais aussi des exercices techniques avec Philippe Tomas, des cours d’équitation, du travail sur la sellerie. Pour les séniors, le championnat arrive plus vite. On insistera sur la condition physique.
Une fois sur place, je compte changer des choses, tant pour les jeunes que les séniors. Nous reconnaîtrons la piste à vélo. La reconnaissance sera obligatoire. De manière générale, il y aura plus de rigueur. Une rigueur militaire ! (rires) On se lève à la même heure, on mange ensemble à un horaire précis, on partage le même rythme de vie. D’ailleurs, je réserve une surprise aux séniors puisque chaque cavalier devra, à tour de rôle, cuisiner pour les autres !

Euston Park accueille le championnat d'Europe sénior, San Rossore le mondial des jeunes : que des courses « plates » pour les deux prochains championnats ! Cela veut-il dire que désormais, les courses se gagneront sur la vitesse et non plus sur la technique ?

Nous travaillons à faire inverser la tendance. Nous avons été écoutés lors du forum sportif de la Fédération équestre internationale en avril dernier et j’ai bon espoir que les choses changent. La préparation technique est plus dure dans la vitesse et c’est un facteur limitant. 

Le cavalier Roman Lafaure a dit : « l’équipe de France doit briller de nouveau. On peut avoir une super équipe pour les Championnats. Jean-Mi amène du renouveau, il va motiver du monde ! ». Il vous met la pression là ! 

Je sais ce qui ne marche pas, mais je ne sais pas ce qui marche ! Il doit y avoir une dynamique équipe de France. Elle doit être plus populaire. Les cavaliers Français peuvent aller vite : il faut effacer ce complexe et créer une véritable cohésion d’équipe. Ce n’est pas simple car les cavaliers viennent de partout, alors que les leaders mondiaux ne représentent qu’une seule écurie. Le retour à haut niveau est accessible. On doit travailler en « format championnat », avec une vraie préparation physique et mentale. Il faut que ce sentiment d’infériorité cesse. Même si je reconnais que se faire battre par les Espagnols qui montent 5 chevaux français, c'est dur à accepter...

Photo : Jean-Michel Grimal
Crédit : Jean-Louis Perrier