Maxime Livio : « Il était important qu’on se batte pour le complet ! »

Rédigé le 11/01/2021
Propos recueillis par Elodie Muller

A 33 ans, Maxime Livio est l’un des meilleurs cavaliers tricolores de concours complet. Fort d’un piquet de chevaux très fourni, il réalisait une saison 2020 sur les chapeaux de roue, s’imposant notamment sur le CCI 4*- L de Lignières avec Api du Libaire. Homme aux multiples casquettes qui n’est jamais à cours de projets, il revient sur 2020 et ses ambitions pour cette nouvelle année.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2020 ?

J’avais deux objectifs : les CCI 4*-L de Lignières et CCI 5* de Pau. Je fonctionne beaucoup en préparant mes chevaux pour des objectifs précis. A l’été, j’étais un peu entre deux avec des chevaux qui n’étaient pas complètement prêts, certaines choses ne me permettaient pas d’être très performant. Au final nous avons rempli mes objectifs (il remporte Lignières avec Api du Libaire et il est huitième de Pau avec Vitorio du Montet, NDLR). Le bilan est donc bon sur la partie sportive. J’ai en parallèle beaucoup de chevaux de 8 et 9 ans en formation et je suis assez excité de voir comment ils vont évoluer. Certains devraient passer au niveau 4* dans les mois à venir. La reconstruction de mon piquet se fait dans le bon sens et mes chevaux de tête ont confirmé qu’ils avaient leur place au plus haut niveau. C’est motivant pour les saisons à venir. Côté coaching, nous avons bien avancé sur la qualification des deuxièmes chevaux des cavaliers thaïlandais. Pour eux, qui manquaient d’expérience en 4*, mais aussi pour moi et mes chevaux de haut niveau qui n’étaient pas tout à fait prêts, le report d’un an des JO est plutôt positif.

Vous l’avez dit, Lignières et Pau étaient vos objectifs de saison. Vous étiez vraiment sur une bonne dynamique fin 2020. Vos ambitions sont-elles les mêmes pour le début 2021 ? 

Oui mais je pense qu’il ne faut pas non plus être prêt trop tôt dans la saison. Je pourrais être un peu plus précis sur mon programme un peu plus tard car j’aime bien en parler d’abord avec mes propriétaires et Thierry Touzaint. Il est toujours de bon conseil dans la planification des saisons et dans les choix des objectifs. J’aimerais engager Vitorio du Montet sur un 5* en début de saison, peut-être Badminton, tandis que pour Api du Libaire, il faut que l’on définisse la meilleure stratégie pour qu’il soit prêt au mois de juillet ou septembre, en fonction de son échéance. On sait depuis le début qu’il a le potentiel d’être dans les meilleurs en dressage mais j’ai encore des choses à améliorer. Il peut sans aucun doute talonner les meilleurs allemands sur le plat, sur le cross il est très sérieux et il a une grosse qualité sur les barres mais cela reste un cheval qui est encore un peu en construction et qui, malgré toute la confiance qu’il a en lui, est assez anxieux et sensible. 

« J’ai les deux échéances dans la tête »

Vous avez plusieurs chevaux qualifiés pour Tokyo. Si vous êtes dans le groupe JOP avec Api, pensez-vous à Vitorio ou Vegas des Boursons pour l’échéance olympique ? Et européenne si elle a lieu ? 

Je pense que cela va dépendre de la stratégie globale d’équipe que Thierry Touzaint va mettre en place. Il va s’agir de la première échéance qui se court à trois, sans joker sur le cross. Il faudra emmener des chevaux très solides sur ce test et très fiables dans la santé. De ce que je connais de mes chevaux, Vitorio est très fiable mais il est limité sur le plat. Pour autant, si l’équipe et Thierry ont l’impression d’avoir besoin d’un très bon cheval de cross, je répondrais présent sans problème mais pour moi il est plus un cheval de 5* que de grand championnat, comme Vegas d’ailleurs. Api a tout ce qu’il faut pour faire un cheval de championnat « médaillable » en individuel mais il a encore besoin de maturité. Participer aux championnats d’Europe est aussi mon souhait et j’ai les deux échéances dans la tête. Cela fait quelques années que je construis chaque saison pour mes chevaux. Si les résultats sont suffisants et qu’ils vont bien pour intégrer le groupe je le ferais. Je m’investis énormément pour l’équipe de France mais je le fais toujours dans cet ordre-là. 

Il semblerait que la FEI ait entendu votre appel et celui des fédérations européennes pour remettre au calendrier 2021 les championnats d’Europe. Quel a été votre rôle dans tout cela ? 

Michael Jung m’a appelé lorsque Ludger Beerbaum a annoncé qu’il organisait les championnats d’Europe de saut d’obstacles (tandis que ceux de dressage sont organisés à Hagen par la famille Kasselmann, NDLR). Il m’a dit qu’on ne pouvait pas passer à côté de notre championnat, que nous étions aussi une discipline olympique. Malgré les changements des conditions d’acceptation pour l’organisation d’un championnat d’Europe par la FEI, le site d’Avenches, porté par la famille Vogg, très connue dans le complet, était prêt à accueillir notre championnat continental mais cela restait un peu lettre morte du côté de la FEI. C’est alors qu’avec Michael nous nous sommes rendu compte que peu de monde était au courant qu’un organisateur était prêt à accueillir le complet ! Il fallait que cela se sache. Nous avons mis en place un plan de communication et Michael a rédigé cette lettre ouverte. Il fallait que l’on se batte pour le complet qui est un sport difficile à organiser, très à risque et qui est toujours scruté par le Comité olympique. Nous prenions un gros risque en ne réagissant pas, laissant penser que les cavaliers de complet étaient capables de laisser passer un championnat alors que les deux autres disciplines olympiques allaient en avoir un ! Je suis content du bruit que cela a fait et cela a permis d’officiellement rouvrir les candidatures. La FEI devrait annoncer le nom de l’organisateur en mars. 

« Je ne peux pas miser que sur un seul cheval pour Paris »

Vous disposez d’un piquet de chevaux très fourni ce qui est assez rare dans votre discipline. Quelle est l’importance d’avoir autant de chevaux sous votre selle ?

Je pense qu’il est très difficile de trouver les très bons chevaux de complet. Des chevaux ont fait des carrières incroyables alors que personne n’y croyait au début. Je pense à FisherRocana, montée par Michael Jung, sur laquelle personne n’aurait misé à 6 ans. C’est finalement la jument qui a gagné le plus de 5* ! Il y a des chevaux que l’on transcende avec le travail, la patience, le couple que l’on forme avec eux, mais ils sont très difficiles à déceler. A côté de cela, il y a des chevaux avec dès le début des qualités incroyables et qui finalement ne sont pas assez durs, courageux… Par expérience je me rends compte qu’il faut entre trois et quatre chevaux par génération pour qu’au final un ou deux de chaque catégorie d’âge arrivent au dernier niveau. Cette année, j’ai quatre 6 ans, quatre 7 ans, trois 8 ans et deux 9 ans. Si je ne parie que sur un cheval pour Paris et qu’il n’y arrive pas, je n’en aurai pas d’autres ! Avec mes quatre 6 ans et mes quatre 7 ans, cela veut potentiellement dire que j’aurais quatre 10 ans et quatre 11 ans pour 2024 ! 

Au-delà d’être cavalier, vous gérez une écurie, une collaboration avec l’équipe thaïlandaise, des activités commerciales avec FEH, une formation au métier de groom, une formation sport-études... Comment gérez-vous tout cela ? Avez-vous encore d’autres projets ?

Cela a commencé à être compliqué à gérer il y a quatre ans puisque tous ces projets sont arrivés dix fois plus vite que ce que l’on escomptait au départ. J’ai la politique de saisir toutes les opportunités qui se présentent à moi et lorsque je dis oui je le fais à fond ! Aujourd’hui les écuries Livio sont une très grosse boutique avec quatre-vingts chevaux, deux manèges, trois carrières, trois marcheurs, mais au final tout est organisé en petites écuries différentes et chaque équipe regroupe dix à douze chevaux. Depuis deux ans, l’équipe qui m’entoure s’est développée avec notamment quatre cavaliers qui sont capables de monter tous types de chevaux voire de les sortir en concours. J’ai un rôle de chef d’orchestre et je joue des instruments qui m’intéressent. J’aide les autres à faire en sorte que la musique soit harmonieuse grâce à des gens très compétents autour de moi. Pour ce qui est d’autres projets, j’en ai toujours en tête mais je souhaite vraiment développer le fond d’investissement que nous avons créé, FEH (French Eventing Horse). J’ai à cœur d’essayer de professionnaliser la commercialisation de chevaux de complet. C’est encore un peu archaïque alors qu’en France nous avons des chevaux parmi les meilleurs. J’ai fait ce constat lors des Jeux asiatiques en voyant que la Chine, l’Inde et la Thaïlande avaient des chevaux dans leurs équipes que j’avais vendus, mais aussi lors d’un stage en Floride organisé par la fédération américaine. Nous avons un savoir-faire pour la détection et la formation des chevaux qui plait à tous. Il est important de le faire valoir avec une équipe qui se déplace dans les élevages en France pour acheter des chevaux qui arrivent ensuite dans une structure adaptée pour les valoriser. C’est une garantie pour l’acheteur. Et puis, dans quelques semaines, nous allons accueillir notre deuxième petit garçon !

Photo : Maxime Livio et Vitorio du Montet lors du CCI 5* de Pau
Crédit : Scoopdyga