Le ski-joëring : discipline phare de l’hiver ?

Rédigé le 10/01/2021
Sibylle Pinochet

En décembre, la neige était au rendez-vous et l’arrêt des remontées mécaniques n’a pas refroidi les passionnés de glisse. Ski de fond, raquettes, luge : ils ont redoublé d’inventivité pour goûter à la poudreuse fraîchement tombée. Parmi ces alternatives au ski de piste, le ski-joëring a fait son grand retour.

Le ski-joëring, ou ski-tracté, est une pratique venue de Scandinavie. 2500 ans avant Jésus-Christ, les paysans de ces pays enneigés se déplaçaient déjà à ski, tirés par des rennes, des chiens, puis par des chevaux. Initialement conçu comme un moyen de locomotion, il devient une activité de loisir dans les années 30. En France, lorsque les premiers skieurs commencent à dévaler les pistes, le cheval fait alors office de remonte-pente. Mais l’apparition du télésiège enterre pour un temps la pratique du ski-joëring.

Le ski-joëring fait son come back

Longtemps oublié en France, le ski-joëring regagne en popularité dans les années 90 sous l’impulsion de quelques pionniers. Jacques Fillietroz, pisteur secouriste dans la station des Arcs et propriétaire d’un centre équestre à Bourg Saint-Maurice, est le premier à remettre au goût du jour cette discipline. « C’est en découvrant une vieille carte postale d’une course de ski-joëring que j’ai trouvé l’idée », raconte-t-il.

Jacques Fillietroz commence alors à développer le ski-joëring aux Arcs et conçoit un équipement adapté qu’il dépose à l’INPI. Au fur et à mesure qu’il fait découvrir son activité, le ski-joëring gagne en visibilité. « J’ai organisé quelques compétitions non officielles. Puis la FFE m’a contacté afin de faire entrer le ski-joëring parmi les disciplines équestres », explique-t-il. 

Depuis, la discipline se pratique en compétition officielle et possède son championnat de France. Régi par des règles précises, imaginées par Jacques Fillietroz lui-même en collaboration avec la Fédération française d'équitation (FFE), le ski-joëring comprend des figures imposées au même titre que l’attelage. De nombreux instructeurs d’équitation viennent se former chez Jacques Fillietroz et exportent la discipline aux quatre coins de la France.

Glisse, liberté et découverte du cheval 

Le ski-joëring, qui combine la glisse et le cheval, est accessible à tous ceux qui savent tenir sur des skis. Au ranch El Colorado, Jacques Fillietroz laisse chacun découvrir ce sport à son rythme et en pleine nature. Après quelques explications préliminaires, les cavaliers, qui ont l’habitude de diriger un cheval, évoluent en autonomie. Les non-cavaliers restent quant à eux sous la supervision du moniteur qui guide le cheval. Cette année, Jacques Fillietroz a reçu davantage de non-cavaliers qui venaient découvrir cette façon de skier. Conquis par ces sensations de glisse extraordinaires, alliées à la complicité avec l’animal, certains sortent de cette expérience avec l’envie d’apprendre à monter à cheval.

Jacques Fillietroz accompagne chaque année de nombreux clients en ski-joëring, pour le plus grand plaisir des skieurs mais aussi des chevaux. « Ce que j’adore dans cette discipline c’est la liberté. J’aime le cheval en liberté. Là, il n’a pas le poids du cavalier pour contraindre son équilibre : il est heureux comme tout, il adore la neige ! » se réjouit-il. 

Cette liberté nécessite des chevaux bien mis et parfaitement préparés. Car si les ski-joerers n’évoluent pas sur la piste, ils partagent le domaine avec des skieurs de fond, des marcheurs, des motoneiges. Autant de facteurs susceptibles d’effrayer le cheval, et le ski-joerer lui-même peut lui faire peur en se déportant de droite à gauche. « Tous les chevaux peuvent être mis au ski-joëring, confie Jacques Fillietroz. Mais il faut un travail de désensibilisation progressive adapté à la discipline. »

Le cheval : mieux que les remontées mécaniques ?

Pendant ce temps, dans les Hautes-Alpes, la station de Saint-Léger-Les-Mélèzes a remonté le temps. Comme autrefois, les vacanciers ont pu croiser cet hiver des chevaux en guise de remonte-pente. Une initiative menée en partenariat avec l’ESF que l’on doit à Anthony Samadet, propriétaire des Ecuries des Ecrins. Ses deux chevaux de trait sont venus à la rescousse des élèves de l’école de ski pour leur permettre de dévaler les pistes, malgré l’arrêt du téléski. 

« Les chevaux remontent deux fois dans la matinée, explique Anthony Samadet. Je fais une première montée avec un cheval et une petite dizaine de skieurs tractés. On fait une pause à mi-chemin et à l’arrivée, puis je redescends. J’ai le temps de dételer le premier cheval, de réinstaller l’harnachement sur le deuxième et de remonter. » Une affaire bien huilée, donc, qui engendre un tel engouement qu’Anthony Samadet envisage de pérenniser son dispositif. « Certains vacanciers se rendent à Saint-Léger uniquement pour tester les remontées animales », témoigne-t-il.

Cet hiver, le cheval est donc le roi des stations. Mais, si l’idée a pu effleurer l’esprit des amoureux de nature, nostalgiques du ski d’autrefois, il ne saurait remplacer complètement les remontées mécaniques. « Monter en haut de la station tracté par le cheval de trait ? Non, ce ne serait pas dans le respect de l’animal. L’effort serait trop grand. » tranche Anthony Samadet qui évolue aujourd’hui sur un dénivelé d’à peine 50 mètres et se montre particulièrement attentif au ressenti de ses chevaux. « Certains donnent trop. Il faut faire attention à eux et les ménager. » conclut-il.

Photo : ski-joëring
Crédit : Manu Reybo