Caroline Guillemont, attelage en solo mais travail en équipe

Rédigé le 08/01/2021
Elisabeth Gillion

Avec deux chevaux pour sortir en national, Caroline Guillemont s’avère être un très bon atout pour l’attelage français. À ses côtés, de très bons chevaux - dont certains issus de son propre élevage représentent la relève - mais aussi une équipe très soudée.

Remarquée depuis deux saisons pour ses performances en attelage à un cheval, Caroline Guillemont a marqué la finale SHF à Compiègne début octobre en présentant Kasaron Teusje C, 5 ans, vainqueur de sa catégorie Qualif 1. Ce KWPN, fils de Cizandro (OES) et d’une mère par Lorton (KWPN) a été qualifié de « brillant et régulier » par les juges SHF. Pas dérangé par la pluie diluvienne, il a réussi à faire fi des éléments grâce à son caractère froid, plutôt paisible. « Il est droit et généreux, il applique facilement ce qu'on lui demande car il fait confiance », aime à préciser Caroline, qui a également récolté la médaille d'argent au championnat de France amateur GP Elite avec W2 Go, lui aussi KWPN. Caroline sort ce fils de Numero Uno (KWPN) en national, où « il brille au championnat de France à 18 ans, grâce à ses bonnes origines de CSO et à notre méthode », très douce et qui consiste à comprendre chaque cheval et s'adapter à ses besoins, sans jamais le brusquer. Tout juste sorti de deux ans d'arrêt suite à un problème au boulet, le travail a été délicat et progressif pour le hongre. Rémi Blécot, le compagnon de Caroline, qui est maréchal-ferrant et meneur, a pu le rééquilibrer avec des fers adaptés.  

De précieux soutiens

Ces deux chevaux lui sont confiés par la principale mécène de l'attelage, Patricia Nijdam, qui apprécie « son feeling avec les chevaux. Elle sent quand ils sont prêts à bosser, quand il faut cesser et s'ils ont besoin de rester au pré. Elle avance en douceur. » Après avoir collaboré trente ans avec des meneurs, elle préfère les meneuses, qu’elle trouve plus délicates avec les chevaux. « J'ai été convaincue en voyant Caroline à cheval : elle se distingue, monte avec élégance et a un don pour connaître à fond sa monture : elle analyse son caractère, ses envies, ses réactions et en tient compte. Elle rassure, elle récompense, souligne-t-elle. Dernier atout, ses équidés vont au pré, c'est simple et indispensable mais pas général ! »

Caroline privilégie le dressage appris chez Françoise Brieussel et dont elle souhaite « transcrire la méthode en attelage, avec un niveau attelé de qualité équivalent au dressage monté. Entrer sur le carré avec un cheval en place et rebondissant, c'est la clé du concours. Alors au marathon, un cheval bien dressé saura tourner court et changer de pied dans un obstacle. Je veux amener en compétition un cheval qui joue, qui soit frais à la fin de la journée et prêt à repartir. » Pour cela, elle choisit l'embouchure la plus légère possible et insiste au quotidien surtout sur le cardio, grâce à de longues balades dans la campagne. 

Les yeux rivés vers l’avenir

Derrière W2 Go, Caroline dispose de Barricella (KWPN par Pacific), un hongre de 15 ans issu d'une très bonne souche d’obstacle par son père, un petit-fils du Selle Français Cor de la Bryère. Son ancien propriétaire étant dépassé par son caractère très près du sang, elle a dû composer avec lui au fil des années pour en faire un partenaire de choix. Enfin suit Gotham du Vana (4 ans, OC par Quaterbold du Payrol), un des premiers poulains qu’elle a fait naître et qui selon elle a de belles allures et une belle élasticité. À 35 ans, Caroline et Rémi ont trente-cinq équidés à demeure et sont bien aidés par leur famille, qui participe aux soins quotidiens et garde la maison pendant les compétition. Ainsi, ils partent ensemble (et sereins !) en concours et aux stages fédéraux à Lamotte-Beuvron, pour revoir les bases avec Félix Brasseur. « J'ai eu la chance de rencontrer de vrais hommes de cheval, comme lui », conclut-elle. Étant actuellement absente de la liste des meneurs de haut niveau, elle n'est plus des stages en Sologne, ce qui désole Patricia Nijdam. « La fédération devrait développer la base, donc soigner les meneurs solo, surtout les jeunes. Et Caroline ira loin ! » 

Comme son compagnon Rémi, elle est issue du vivier de Conty, dans la Somme et s'est lancée comme auto-entrepreneuse avant de s'occuper du piquet de Franck Grimonprez à Tartigny, dans l’Oise. Puis ils se sont installés dans une ferme de l'Oise pour créer leur écurie d'attelage de compétition, élevage, pension et valorisation dans un village tranquille, avec des pâtures et du bon foin. Avec quatre poulinières SF, l'élevage "du Vana" démarre bien, sans compter les poneys Welsh avec qui Rémi veut préparer un attelage à quatre. « On cherche à faire des équidés jolis, avec du chic, bien dans la tête, pour les amateurs. » Alors ils étudient les origines et les lignées et recherchent les étalons les plus réputés. Caroline aime atteler en solo, « la catégorie idéale pour révéler les capacités du cheval car on ne voit que lui ! » Un vrai pari esthétique sur le dressage que partage Patricia Nijdam. Cette dernière aimerait d’ailleurs la voir en paire et se dit prête à lui proposer un second cheval. Mais elle n'impose rien : « C'est la meneuse qui décide ! », conclut-elle.

Photo : Caroline Guillemont avec le KWPN W2 Go, ici au Haras du Pin en 2020
Crédit : Coll. privée