Harm Thormählen, des années de passion au service du sport

Harm Thormählen, des années de passion au service du sport

Rédigé le 14/09/2020
Adriana van Tilburg (avec Charlotte Marichal)

Harm Thormählen est sans conteste l’un des meilleurs éleveurs au monde. On lui doit Capitol, Cera, Fein Cera et tant d’autres. Pour L'Eperon, il est revenu sur les chevaux qui ont marqué sa vie.

Harm Thormählen était un bon cavalier. Dans ses jeunes années, il couru les championnats d’Allemagne chez les Jeunes Cavaliers avec Luna (Totilas), qui n’est autre que la quatrième mère de l’incontournable Clinton (pour lire la saga qui lui a été consacrée, cliquez ici), cela ne s’improvise pas ! Même s’il est arrivé à courir en Coupe des nations Seniors, il a toutefois vite renoncé à la compétition. « Je pensais être un bon cavalier mais quand j’ai vu Hartwig Steenken monter l’un de mes chevaux, j’ai été sidéré, c’était d’un tout autre niveau. C’est après que j’ai eu l’idée de commencer une carrière d’éleveur »

La relève familiale 

Cette idée-là, il la tient aussi de son père, lui-même éleveur et commerçant à succès. « Il vendait des chevaux internationaux dans les années 40-50, il savait très bien répondre aux attentes des clients. Pendant les JO d’Helsinki en 1952, il y avait un très bon cheval allemand qui était monté par un fils de fermier. Mon père a cherché la propre soeur de ce cheval, Contiane (Fanal). Elle se trouvait en Allemagne de l’est sous le contrôle des Russes, c’était très difficile d’y aller, il l’a donc achetée sans la voir, ce fut toute une histoire ! Elle a eu des problèmes et elle est finalement devenue poulinière. Nous avons été chanceux parce que sa lignée maternelle était très bonne. Contiane a fait naître deux filles : Tamino (Frivol) et Romanze (Ramzes). Après avoir tourné sous la selle d’Alwin Schockemöhle, Romanze a donné à son tour Ringo (Frivol). Ce hongre était  tout simplement extraordinaire. Jeune, il est allé chez un célèbre cavalier mais cela n’a pas marché donc nous l’avons repris. A l’époque, je n’avais aucun matériel d’obstacles, je le faisais sauter au dessus des barrières des champs pour le garder en forme. A sept ans, il a gagné un Grand Prix et il a été vendu comme un cheval à potentiel olympique au Japon. Il a finalement été le seul cheval de l’équipe à franchir la ligne d’arrivée aux JO de Mexico en 1968 avec Masayasu Suigitani. Il était très moderne, intelligent et facile, un amateur pouvait le monter. C’est mon rêve de produire à nouveau un cheval comme lui ! » 

Capitol, un premier succès retentissant

Ce Ringo est loin d’être le seul produit de son élevage à s’être distingué. Harm a fait naître l’un des étalons Holstein les plus influents de ces quarante dernières années : Capitol I (Capitano – Folia x Maximus, Stamm 173). Malgré sa peur de l’eau, il a montré très jeune un certain talent pour le saut d’obstacles, il a donc été envoyé faire la monte à Langengagen, dans la partie orientale du Holstein, où il a immédiatement trouvé son public. La liste de ses produits est sans fin : Carthago, Cassini I, Cento, Cumano, Cartani, Mylord Carthago, Nartago, Ultimo van ter Moude et ainsi de suite. « Cet étalon m’a amené sur le marché mondial. J’ai cependant fait une erreur. J’ai vendu les chevaux de cette lignée maternelle pour pas mal d’argent mais j’ai pratiquement perdu cette souche. Il reste seulement quelques juments et j’essaie d’en retrouver. » Et pour comprendre à quel point Capitol a compté dans sa carrière d'éleveur, il suffit de regarder sa statue grandeur nature faite en bronze qui trône dans son jardin de Harm, à tout seigneur tout honneur.  

Cera, Fein Cera et la Princesse

Si Capitol lui a permis de faire ses premiers pas sur la scène internationale, ce sont bien deux juments, Cera et sa fille Fein Cera, qui l’ont fait connaître dans le monde entier. Harm compte 337 produits enregistrés auprès de la fédération allemande, beaucoup d’autres se sont vendus en dehors de l’Allemagne et plusieurs ont été montés par les cavaliers de la Team Harmony : Paul Darragh, John Whitaker et Peter Moloney. La personne derrière cette équipe n’est autre de la Princessse Haya bint Al-Hussein, et elle n’est pas étrangère à la réussite de produits de Harm. Cera (Cor de la Bryère – Mandalayn x Capitano, Stamm 3615) était chez Thomas Fuchs depuis son plus jeune âge. Lorsque la Princesse l’a vue, elle a tenu à l’avoir absolument. Thomas lui a répondu que seule une princesse pourrait l’avoir, ce à quoi elle a répondu que cela tombait bien parce qu’elle en était une et elle l’a achetée ! En échange elle a donné un cheval à Thomas puis autour d’une bouteille de champagne elle lui a dit : « vous avez fait deux erreurs, vous avez vendu votre meilleur cheval et vous n’avez pas récupéré un bon en guise de paiement ». Le temps lui a donné raison. Cera a eu une belle carrière sous les selles de de Paul Darragh, Otto Becker et de la Princesse elle-même. Elle est ensuite revenue chez Harm pour la reproduction mais n’a eu qu’une fille : Fein Cera (Landadel), qui fut sacrée meilleur cheval des JEM de Jerez de la Frontera en 2002 et championne olympique par équipe à Athènes en 2004 avec l’Américain Peter Wylde. A l’élevage, Fein Cera fut plus prolifique que sa mère et laissa cinq produits dont Feinest (Ustinov) compétitif sur 1m40, l'étalon By Cera d'Ick (Stakkato) consacré exclusivement à l'élevage, et Kleine Cera (Calato) qui est elle-même la mère de l’olympique Ornellaia (For Pleasure) et de Zera 23 (Cero I), gagnante du difficile Derby de Hambourg en 2017, ainsi que la grand-mère d’Echo of Light (Come On), qui a connu quelques succès sous la selle de John Whitaker.

L'influence de la France

Quel rapport Harm entretient-il avec la France ? La première fois qu'il a franchi la frontière, il avait 18 ans et le permis en poche depuis une ou deux semaines. Il était venu livrer un cheval à Paris. « J'en ai profité pour faire un peu de tourisme, je suis même passé voir les courses. J’ai remarqué à quel point les Pur-sang étaient bien développés, ceux que je connaissais dans le Holstein étaient plus petits avec moins d’os. Je suis aussi allé aux championnats à Fontainebleau. Je me souviens que les barres étaient hautes et pas très techniques, comme en Allemagne -je parle de quelque chose qui se déroulait il y a presque 60 ans-. Les chevaux étaient très grands, avec beaucoup de force et un dos solide tout en montrant une certaine intelligence de la barre. A l'inverse, les cavaliers avaient l’habitude de beaucoup travailler les chevaux pour les préparer à l’obstacle en Allemagne. Je voulais vraiment croiser le cheval français avec le Holsteiner, j'ai donc utilisé Cor de la Bruyère et Quidam de Revel. Quidam était un cheval très solide qui a eu une carrière très longue. Nous avons besoin de cette solidité dans l’élevage au Holstein. J'ai aussi eu la grande chance de croiser la route de Quite Easy.  Ma femme, qui était une cavalière de dressage, m’a dit un dimanche matin que je devrais essayer de le monter avec une selle de dressage. Il avait seulement 3 ans et demi et c’était un rêve. Il avait un trot incroyable et un excellent équilibre. Il aurait pu être bon dans cette discipline ! Je n’avais pas eu cette sensation sur un cheval Holsteiner. C'était un cheval très moderne, très intelligent, avec un bon caractère. C'est une qualité très importante. Les chevaux doivent avoir la volonté de performer. » Est-ce la clé du succès ? Harm a 75 ans cette année et il continue de produire d’excellents chevaux de sport. Les jeunes générations n'ont pas encore fait leurs preuves, mais nul ne doute que le personnage a véritablement marqué l’élevage européen de cheaux de sport.

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Crédit : Scoopdyga