Pierre-Yves Verva : "L'Etat nous abandonne alors que la reprise des courses à huis clos s'est bien passée"

Pierre-Yves Verva : "L'Etat nous abandonne alors que la reprise des courses à huis clos s'est bien passée"

Rédigé le 21/05/2020
Elisabeth Gillion

Pierre-Yves Verva, entraîneur-driver de trotteurs dans l'Oise, a réagi à la fermeture des hippodromes en zone rouge.

Quelques jours après la reprise des courses, les courses ont de nouveau été interdites le soir du 19 mai. Les professionnels n'ayant pas été consultés, la décision apparaît incompréhensible, aberrante:"tout le monde a respecté les consignes sur les hippodromes, il n'y a pas eu de soucis, aucune provocation et de toute façon, on est sur des espaces de plusieurs hectares, le risque est minime" rappelle Pierre-Yves Verva qui était tout heureux d'avoir gagné deux épreuves le jour de la réouverture d'Amiens le 16 mai, avec Heroïc Park et Gergovia Thuyas. Cet hippodrome lui convient bien puisqu’il y avait reporté le trophée SF Filtres du meilleur driver durant la saison dernière.

Il est d'autant plus furieux qu'il est autorisé à aller courir au loin, en zone verte. Dans ces conditions, où est la logique du zonage au moment où l'épidémie réapparaît en Bretagne, et que la région reste en zone verte ? Les courses de Vincennes et d'Enghien sont en effet déplacées sur Le Mans et Laval, ce qui va l'obliger à avaler des kilomètres et à perdre encore un peu de temps et d'argent. "Nos propriétaires ont été parfaits pendant le confinement, ils ont réglé les pensions normalement et là il va falloir leur demander des fonds supplémentaires car les chevaux ont besoin de courir. Mais après 5 ou 6 heures de trajet, on ne sait pas comment ils vont réagir. Et puis n'importe quel cheval ne peut pas courir sur n'importe quelle piste! Les chevaux voyagent facilement mais certains récupèrent mieux que d'autres, on ne sait pas combien de temps il va leur falloir avant de repartir. Surtout avec ces températures très chaudes... Tous ces paramètres sont à prendre en compte mais qui pense à la réalité de notre travail?"

Pourquoi l'Etat qui apprécie les recettes issues des paris laisse-t-il tomber les écuries d'Ile-de-France et du nord-est? Pierre-Yves Verva se pose beaucoup de questions. Il espère que les maisons mères du trot et du galop vont réagir, vu que les courses à huis clos entraînaient déjà une perte importante pour Bercy. "Même si les turfistes sont fidèles, les enjeux étaient bien inférieurs ces derniers jours aux journées de courses normales..." Regarder une course à la télé n'a rien à voir avec l'émotion collective sur place, alors pourquoi cisailler davantage une filière qui rapporte à l'Etat? Pierre-Yves appartient à une famille de propriétaires, entraîneurs, jockeys et drivers bien connue dans la région, depuis des générations installée à Fresnoy-le-Huat au sud de l'Oise. Avec une trentaine de trotteurs à l'entraînement, il se considère comme une petite structure mais évalue grosso modo les pertes liées à la pandémie à 60 000 euros déjà. Une perte sèche, mais comment se mettre en chômage partiel quand il faut continuer à soigner et entraîner ses chevaux?

Photo : Pierre-Yves Verva
Crédit : Coll.